SERAPHITA
par Charles GRIVEL I.
L'HISTOIRE
Nous nous
trouvons dans une village perdu de Norvège, au milieu des neiges et des
glaces, l'hiver boréal tire à sa fin. Séraphitüs,
un beau jeune homme, conduit Minna, la fille du
pasteur, au sommet d'une montagne inaccessible, le Falberg.
Minna éprouve de l'amour pour son guide, mais
celui-ci, incompréhensiblement à ses yeux, la
repousse et la presse de penser plutôt à Wilfrid, son fiancé. Wilfrid tombe,
pour sa part, sous le charme d'une jeune femme à la beauté
incomparable : Séraphîta. Celle-ci, à son
grand désespoir, le repousse. On apprend que Séraphîtüs
et Séraphîta ne sont qu'une seule et même personne
– un être qui, issu de parents pétris de la doctrine de Swedenborg, est en
bonne voie de transcender la condition humaine et qui séduit les humains,
sans qu'ils le sachent bien, pour cette raison même. Sur le point de quitter
la terre, frappé d'une sorte de consomption religieuse, Séraphitüs-Séraphîta,
après avoir exposé longuement ses croyances et la nature de la voie qu'il
prend, indique aux deux mortels stupéfaits le chemin qu'ils auront à
parcourir pour le rejoindre dans les sphères supérieures. Puis, sous leurs
yeux, l'être d'esprit se transforme en séraphin et monte au ciel. Minna et Wilfrid ont été saisis par le spectacle, mais
leur humanité fait que leur participation à la munificence divine est de
courte durée. Ils s'efforceront, dès lors, de renouer ensemble le lien astral
qui a été rompu. II. HISTOIRE(S) DU TEXTE
Quatre
chapitres ont été publiés, en pré-originale, dans –
Manuscrit de 91 feuillets et états successifs dans trois dossiers du
fonds Lovenjoul, sous les cotes A –
Première édition : Le Livre mystique. Séraphîta (extrait des Etudes philosophiques).
Tome II, in-8, mis en vente, avec le tome I qui
contient, suite à une Préface, Les Proscrits et Histoire intellectuelle de Louis Lambert, le 2 décembre 1835
par Werdet. –
Seconde édition : Le Livre mystique. -
Séraphîta (extrait des Etudes philosophiques).
Tome II, Werdet, datée du
15 janvier 1836. Variantes peu nombreuses. –
Troisième édition : Séraphîta.
- Extrait du Livre mystique, Werdet, janvier 1836. Le
volume reprend –
Quatrième édition : oeuvres de M. de Balzac. Etudes
philosophiques. Tome XXVIII. Le
Livre des Douleurs : tome IV. Séraphîta I et
Tome XIX : tome V. Séraphîta II,
Souverain, enregistré au Feuilleton du Journal de –
Cinquième édition : Louis Lambert suivi de Séraphîta. Nouvelles éditions revues et corrigées,
Charpentier, 1842. Enregistrement à – Sixième
édition au tome XVI de De toutes
ces éditions, seuls le texte de – On
relève sur le Furne corrigé sept corrections au
total ; la plupart aménagent la ponctuation ou
modifient des initiales. Le texte demeure donc en l'état. On notera pourtant
deux ajouts de mots et un petit complément de phrase.
III. PERSONNAGES
En parler
n'est pas une gageure, pour cette fantasmagorie à quatre personnages, en deux
couples : Minna-Séraphitüs, Wilfrid-Séraphîta, plus un contingent peu fourni mais
bien incorporé : le révérend Becker, père de Minna,
exégète de Swedenborg, mais doutant de la santé mentale de l'être qu'il prend
pour une femme ; DAVID, le vieux serviteur dévoué à l'enfant du miracle,
dont il veillera la dépouille terrestre, et même Swedenborg, très exactement
évoqué par Becker qui l'a rencontré à Londres en 1771, un an avant sa mort. – MINNA BEKER : tout jeune
encore, un peu frêle et naïve, elle a des visions, elle est amoureuse d'un
prince aux pouvoirs mystérieux. – SERAPHITUS-SERAPHITA : créature improbable, ce
personnage est à la fois leur ange et leur démon, en transit sur la terre,
qui les fascine et les tourmente d'infini. Séraphîtüs
vient pourtant de la terre, il a même un état civil, fils du baron de Séraphîtz et de la fille d'un cordonner anglais, trouvée
« dans une vision de Swedenborg ». Il / elle a 17 ans et les
charmes ambigus d'une jeunesse androgyne où se perdent, oublieux d'eux-mêmes,
Minna et Wilfrid éblouis et ravis. Séraphîta, c'est la naissance d'un
ange. Mais un ange peut-il reparaître. La question n'est pas congrue puisque Melmoth ne se prive pas de le faire, sous divers avatars.
Les temps n'en étaient pas venus sans doute, mais l'on reste pensif sur
l'avenir du couple, Adam et Eve recréés par le romancier démiurge dans sa
divine Comédie humaine : la « Jeune Fille » et
l'« Homme ». –
WILFRID : son fiancé est un beau, ténébreux qui a déjà vécu ; il a
connu le monde, les lieux du pouvoir, et de la pensée, il a de la force et de
la sauvagerie : en plus sain, un Louis Lambert du Nord, quelque peu
alchimiste et quêteur d'absolu. Il désire Seraphîta,
de tout son être de chair.
IV. LECTURES ET COMMENTAIRES
Deux
constats d'abord. Il ne s'agit pas d'un texte marginal : Séraphîta tient au plus profond de
Balzac. L'idée du livre fait suite à une visite à l'atelier du sculpteur Bra, qui date de novembre 1833, où Balzac découvre une Marie tenant le Christ adoré par deux anges, à laquelle le
romancier rattachera l'inspiration du récit. On peut rapprocher l'ouvrage à
des ébauches plus anciennes (Falthurne de 1823-1824) et surtout aux Proscrits et
à Louis Lambert, en suivant la lecture que Balzac
lui-même propose dans Séraphîta est inséparable des
bouleversements qui affectent le ciel chrétien aux lendemains de http://www.v1.paris.fr/musees/balzac/furne/notices/seraphita.htm
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