RUSSELL BANKS

 

« Mon enfance a été marquée par l'alcool et la violence, l'abandon et la pauvreté. »

 

 

Russell Banks est écrivain américain. Né le 28 mars 1940 dans le Massachusetts, il passe son enfance dans le New Hampshire dans un milieu extrêmement modeste. Après des études à l’université, il voyage, passe même quelque temps en Jamaïque.

Il écrit des romans, des nouvelles et de la poésie. Son œuvre est traduite en vingt langues. Il enseigne actuellement la littérature contemporaine à Princeton. Depuis 1998 il est membre de l’Académie américaine des Arts et Lettres.

 

Ses textes sont parcourus par deux grand thèmes : la recherche de la figure paternelle et la description du monde des petites gens croulant sous le poids d’une vie quotidienne dure et pauvre ou de la tragédie. Russell Banks est très actif politiquement, n’hésitant pas à critiquer ouvertement son gouvernement (il a pris position récemment contre l’intervention en Irak et contre le Patriot Act). En février 1998 et jusqu'à 2004, il succède à Wole Soyinka en devenant le troisième président du Parlement international des écrivains, créé par Salman Rushdie. Il est aujourd'hui le président fondateur de The north american network of cities of asylum, qui s'est donné pour mission d'établir dans le monde entier des lieux d'asile pour des écrivains menacés ou en exil (Wole Soyinka et Salman Rushdie sont vice-présidents).

 

Deux de ses romans ont été adaptés au cinéma : De beaux lendemains (réalisé par le Canadien Atom Egoyan – Grand prix au festival de Cannes 1997) et Affliction (réalisé en 1997 par Paul Schrader).

Banks a aussi écrit l’adaptation cinématographique du livre de Jack Kerouac Sur la route pour Francis Ford Coppola.

Russell Banks a annoncé que son roman American Darling va être porté à l'écran par Martin Scorcese, avec Cate Blanchett dans le rôle titre.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

L'ange sur le toit  éd. Actes Sud, 2001

Survivants  éd. Actes Sud, 1999

Pourfendeur de nuages  éd. Actes Sud, 1999

Patten à Patten  éd. Actes Sud, 1998

Trailerpark  éd. Actes Sud, 1996

Sous le règne de Bone  éd. Actes Sud, 1995

Continents à la dérive  éd. Actes Sud, 1994

De beaux lendemains  éd. Actes Sud, 1993

Histoire de réussir  éd. Actes Sud, 1993

La relation de mon emprisonnement  éd. Actes Sud, 1994

Affliction  éd. Actes Sud, 1992

Hamilton Stark  éd. Actes Sud, 1992

Le livre de la Jamaïque  éd. Actes Sud, 1991

Terminus Floride  éd. Acropole, 1987

 

Ouvrages

 

Sous le règne de Bone

Trad. Pierre Furlan, éditions Actes Sud, coll. Babel, 2000 438 pages

 

A Plattsburgh, ville située au nord de l'État de New York, la vie de Chappie, 14 ans, n'a rien d'idyllique. La cohabitation est difficile avec sa mère, aide-comptable dans un hôpital, et encore plus avec son beau-père, nettoyeur dans une base aérienne. Chappie fait tout ce qu'il faut pour être insupportable. Il ramène des mauvaises notes, il ne donne jamais un coup de main dans le mobile home familial et il chaparde pour fumer de la drogue. Évidemment ses anneaux dans le nez et les oreilles ainsi que sa crête à l'indienne n'arrangent rien avec son entourage.

 

Le romancier s'est glissé dans la personnalité de ce garçon de prime abord antipathique qui se révèle fragile et plutôt attachant. Chappie raconte sa vie avec une franchise décapante.

 

Il se retrouve sous la coupe de motards abrutis de drogue et de musique heavy metal auxquels vont succéder d'autres trafiquants plus ou moins dangereux. Pour jouer au dur, Chappie s'est fait tatouer deux os croisés sur le bras et il décide de se faire appeler Bone. Ce changement d'identité ne l'empêche pas de rester un gosse perdu, désirant retrouver son vrai père et faire la paix avec sa mère.

 

En rencontrant un vieux Jamaïquain, adepte du mysticisme rasta, il espère connaître enfin quelqu'un qui n'abusera pas de lui. Sous l'apparence de relations plus humaines, il se retrouve soumis au circuit de la drogue. En Jamaïque comme aux États-Unis, il faut vendre quelque chose pour survivre : de la drogue, ses bras ou son corps.

 

Russell Banks pose en filigrane la question suivante : comment des jeunes comme Chappie peuvent-ils garder le goût de vivre et échapper au naufrage d'une société gangrenée par l'argent et la drogue ? Il n'y a évidemment pas de réponse dans ce roman.

 

 

American Darling

Trad. Pierre Furlan, éditions Actes Sud, octobre 2005 395 pages

 

Ce livre est une épopée amère qui nous plonge dans les années tumultueuses des années 60 aux Etats-Unis et nous porte, en passant par l'Afrique noire, jusqu'au seuil d'un certain 11 septembre 2001 à New York.

 

Hannah Musgrave raconte ses espoirs, ses échecs et ses aveuglements, entre sa vie de militante blanche au sein d'un groupe ultra-gauche américain, et ultérieurement sa vie d'épouse d'un Africain, ministre d'un gouvernement à la solde des USA et sa vie de mère de trois enfants entraînés dans une guerre épouvantable.

Elle nous livre son dépit, ses remords et aussi sa colère provoquée par la guerre civile qui a frappé le Liberia pendant quinze ans et qui a fait probablement près de 200 000 morts dans ce petit pays.

 

La puissance impérialiste américaine a créé le Libéria au XIXe siècle en y expédiant quelques milliers de Noirs américains, esclaves affranchis. Jusqu'au milieu des années 80, leurs descendants américano-libériens n'ont pas cessé de dominer les populations locales, facilitant ainsi le pillage de ressources importantes par des entreprises occidentales et avant tout américaines.

Ensuite les mécontentements sociaux furent dévoyés par différents chefs de guerre s'appuyant sur leurs liens ethniques. La CIA et les diplomates américains tirèrent les ficelles de pantins sanglants comme Samuel Doe ou Charles Taylor et les coupèrent au gré de leurs intérêts.

 

Comment une jeune américaine contestataire s'est-elle retrouvée plongée dans un tel bourbier ? Hannah est la fille unique d'un couple de bourgeois progressistes nageant dans la bonne conscience et l'aisance matérielle. Son père est un pédiatre de renommée internationale. Devenue une étudiante studieuse, Hannah va bientôt s'engager comme bien d'autres jeunes du Students for a Democratic Society (SDS) dans la lutte contre la guerre du Vietnam et pour les droits civiques des Noirs dans le Sud des États-Unis. “J'étais une petite Yankee innocente et idéaliste”. Le SDS éclate en 1969 en plusieurs groupes. Hannah rejoint celui qui semble le plus radical et qui organise une bataille rangée contre la police de Chicago, les Weathermen, rebaptisé plus tard Weather Underground. Ce groupe va se révéler de plus en plus délirant et dérisoire. Des noyaux autonomes passent à l'action sous formes d'attentats à l'explosif contre des commissariats, des bureaux de l'armée ou des cibles symbolisant le pouvoir. Sous la pression et les manoeuvres d'infiltration du FBI, Hannah et ses camarades sont réduits à une vie chaotique et clandestine. Les seules issues pour eux sont la reddition ou l'exil.

 

Le chemin d'Hannah la conduit à Monrovia, capitale du Liberia. Elle y travaille dans un laboratoire où des chimpanzés servent de cobayes pour le compte de sociétés pharmaceutiques américaines. “C'est quelque chose de peut-être encore plus profond que la politique qui a changé en moi. Ma mentalité ? Mon tempérament sous-jacent ? Je n'en sais rien. Mais pour la première fois de ma vie d'adulte, je ne fais pas partie d'un mouvement, je ne suis pas membre d'un groupe ou d'une organisation vouée au changement politique et social. Je suis seule. Entièrement seule.” (p. 151) Elle se sent libérée du poids de sa colère. Elle se passionne pour les chimpanzés dont elle a la charge et dont les personnalités sont si variées.

 

En devenant l'épouse d'un des sous-fifres du gouvernement Tolbert, elle accède à une vie confortable mais loin d'être sereine pour autant. Le pays tout entier va bientôt plonger dans l'enfer des coups d'État sanglants et de la guerre civile.

 

Russell Banks avait des comptes politiques à régler et il l'a fait ici avec un réalisme et une énergie implacables. On pourra faire de légères réserves sur la crédibilité de certains épisodes de la vie de son héroïne. Mais il est vrai que comme se le dit Hannah à un moment, “c'est cela, le véritable Rêve américain, pas vrai ? Pouvoir repartir de zéro, changer de forme, disparaître et ressurgir plus tard en étant quelqu'un d'autre. ”

 

Les faits historiques sont là, indiscutables, vécus de l'intérieur par Hannah et repensés après coup avec une lucidité sans complaisance pour elle-même. Le Rêve américain a été un cauchemar au Libéria et dans bien d'autres pays. Ce roman est d'une certaine façon une parabole politique  très forte sur le jeu manipulateur et abominable de l'impérialisme américain au cours des 4 dernières décennies du XXe siècle.

 

 

Histoires de réussir

Recueil de nouvelles, trad. Pierre Furlan, éditions Actes Sud, coll. Babel, 2006

 

Un adolescent sans père écrit lettre sur lettre aux animateurs de l'émission de télévision “Reine d'un jour” pour les convaincre que sa mère ferait une concurrente particulièrement méritante.

Un fringant homme d'affaires raconte sa liaison perverse avec une petite employée au physique particulièrement ingrat.

Une famille court après le fantôme du rêve américain.

Voici des relations entre parents et enfants apparemment sans histoires, sous lesquelles gronde une sourde rage qui ne demande qu'à éclater... Ces nouvelles, où l'on retrouve toute l'acuité du regard que Russell Banks sait, à travers son oeuvre, porter sur les rapports humains, mettent à nu une Amérique en souffrance, cruellement dépouillée de ses illusions.

 

 

Survivants

Recueil de nouvelles, trad. Pierre Furlan, éditions Actes Sud, coll. Babel, 2004

 

Situées pour la plupart dans le New Hampshire et le Massachusetts, au sein d'un décor de neige et de glace, ces nouvelles écrites entre 1970 et 1974 explorent les formes contemporaines de certaines obsessions profondément enracinées dans l'inconscient collectif américain. Problèmes familiaux, questions raciales, relations entre père et fils... autant de thèmes qui n'ont cessé de s'affirmer dans l'oeuvre ultérieure de Russell Banks.

Parfois minimalistes ou intimistes, ces textes où, sans coup férir, se manifestent déjà l'engagement de l'écrivain sur le plan social et politique sont servis par une langue précise, efficace et forte, et par un art de la narration exemplaire.

 

 

Pourfendeur de nuages

Trad. Pierre Furlan, éditions Actes Sud, coll. Babel, 2001

 

“Chasseur d’esclaves, a dit Père, je t’envoie tout droit en enfer.”

A la demande d’une étudiante, Owen Brown, fils du célèbre abolitionniste américain John Brown, plonge dans ses souvenirs, parfois sereins, mais le plus souvent violents, pour évoquer ce furent la vie, le caractère et l’engagement de son père. Loin d’une vision héroïque et purement historique, le récit présente un père de famille nombreuse à la personnalité écrasante, un puritain et le capitaine d’une guérilla sanglante dont il sera le martyr.

Mêlant l’histoire et la fiction, Pourfendeur de nuages est un immense roman sur le racisme et les rapports entre idéalisme et fanatisme. C’est aussi une lente plongée dans la période qui précède la Guerre de Sécession et une inoubliable peinture de la vie quotidienne des pionniers, au sein d’une nature rude et sauvage.

 

 

Affliction

Trad. Pierre Furlan, éditions Actes Sud, coll. Babel, 2006

 

C’est le livre le plus autobiographique de Russell Banks. Affliction a été adapté au cinéma en 1997 par Paul Schrader.

Dans une petite ville du New Hampshire, Wade Whitehouse, la quarantaine passée, est un homme brisé. Abandonné par sa femme, en passe d’être quitté par sa maîtresse, alcoolique, violent à ses heures, dépressif, il rumine ses échecs et vivote en travaillant, tantôt comme policier municipal, tantôt comme puisatier.

Mais voici qu’un notable est tué. Accident de chasse ou meurtre ?

L’événement fait basculer le fragile équilibre que Wade avait réussi à préserver. Dès lors, dévoré par l’obsession de découvrir un hypothétique assassin, il s’enfonce, au propre comme au figuré, dans un désert de neige et de glace.

Affliction est le récit de l’effondrement d’un homme ordinaire, pris au piège d’une vie ratée depuis l’enfance, confisquée par la tyrannie paternelle. Russell Banks dénonce magistralement les valeurs viriles véhiculées par un certain mythe américain.

 

 

Continents à la dérive

Trad. Marc Chénetier, éditions Actes Sud, coll. Babel, 2006

 

Un réparateur de chaudières dans une petite ville du New Hampshire abandonne son quotidien misérable et part pour la Floride, avec sa famille,  attiré par un nouvel avatar du rêve américain.

A plusieurs milliers de kilomètres de là, une jeune Haïtienne fuit la violence et la pauvreté de son pays natal pour rejoindre l’Amérique de ses rêves.

Les deux destins finiront par se croiser dans cet ample roman sur l’errance et l’injustice dont Marc Chénetier dit que “l’histoire y est d’entrée, vue de très haut, à l’aune des temps géologiques et des mouvements climatiques”.