Jean-Paul DUBOIS

 

On en sait finalement très peu sur Jean-Paul Dubois. Discret mais déjà présent sur la scène littéraire française depuis environ vingt ans, secret mais déjà auteur de plus d'une quinzaine de titres, l'homme est une contradiction à lui tout seul.

 

Né en 1950 à Toulouse, où il vit toujours, Jean-Paul Dubois se lance dans une carrière de journaliste. Il devient (il l'est d'ailleurs encore) journaliste reporter pour l'hebdomadaire d'actualités Le Nouvel Observateur. Il est en effet consultant permanent aux Etats-Unis pour le magazine, un pays qui le fascine.

 

Ses œuvres sont en général l'objet d'une critique unanime. Il a d'ailleurs été lauréat du prix France Télévisions pour Kennedy et moi en 1996, porté à l'écran par Sam Karmann quelques années plus tard et qui mettait Jean-Pierre Bacri en vedette. Jean-Paul Dubois revendique l'influence de grands auteurs américains contemporains tels que Philip Roth et John Updike. Au fil des ans, son lectorat s'est fidélisé. On retrouve d'ailleurs dans tous ses romans de grands thèmes de prédilection chers à l'auteur : des femmes de poigne, une certaine attirance pour les femmes d'âge mûr, des personnages toujours un peu décalés comme des dentistes sadiques, etc.

 

Son dernier roman, Une vie française (L'Olivier), regroupe d'ailleurs ces quelques "fondamentaux" de son oeuvre. A travers l'itinéraire de Paul Blick, petit-fils de berger pyrénéen, fils d'une correctrice de presse et d'un concessionnaire Simca à Toulouse, Jean-Paul Dubois met en parallèle la vie de son héros avec l'histoire de la Ve République, et offre ainsi une nouvelle perspective historique. Un roman très drôle et finalement très mélancolique, qui lui permet de remporter en 2004 le Prix Femina.

 

 

Bibliographie

 

Compte rendu analytique d’un sentiment désordonné (1984)

Eloge du gaucher (1987)

Tous les matins je me lève (1988)

Maria est morte (1989)

Les poissons me regardent (1990)

Vous aurez de mes nouvelles (1991)

Parfois je ris tout seul (1992)

La vie me fait peur (1994)

Kennedy et moi (1996)

L’Amérique m’inquiète (1996)

Je pense à autre chose (1997)

Si ce livre pouvait me rapprocher de toi (1999)

Jusque-là tout allait bien en Amérique (recueil, 2002)

Une vie française (2004)

 

 

présentation d’Ouvrages

 

Vous plaisantez, monsieur Tanner

Paul Tanner, documentariste animalier, menait une existence paisible avant d'hériter de la maison familiale. Décidé à la restaurer de fond en comble, il entreprend des travaux. Tandis qu'il s'échine sur les sols, les corps de métier défilent [...]

 

Hommes entre eux

Paul Hasselbank, toulousain, divorcé, atteint d'une maladie orpheline (c'est-à-dire incurable), n'attend plus grand-chose de la vie, sauf, peut-être, une ultime rencontre avec la femme qui l'a quitté, Anna. Il entreprend alors un long périple...

 

Parfois je ris tout seul

Un homme accidenté se paye la tête des pompiers, une femme amoureuse flirte en parlant de son dentier, une bourgeoise dessalée s'imagine en maîtresse d'ouvrier, un écrivain dépensier envoie son éditeur balader...

 

Vous aurez de mes nouvelles

Un psychanalyste devient fou lorsque son patient le quitte ; un mari s'affuble de jupes pour séduire son beau-frère ; assis dans ses toilettes, un homme pense au temps qui manque toujours... Autant de nouvelles humaines et lumineuses…

 

Maria est morte

Sa fille de dix ans est morte en tombant dans les escaliers. Pour retrouver la femme qui l'a quitté et lui dire simplement "Maria est morte, notre fille est morte", Samuel Bronchowski s'envole pour l'Asie.

 

Une vie française - Prix Femina 2004

Fils d'un concessionnaire Simca et d'une correctrice de presse, Paul Blick est un enfant de la Vème République. Il fait de vagues études, devient journaliste sportif et épouse la fille de son patron, Anne, une brillante chef d'entreprise....

 

Une année sous silence

Ni Charles ni Thomas, qui sont peut-être ses fils, pas plus que Zeitsev, psychiatre, ou le très libidineux abbé Winogradov, ne peuvent convaincre Paul Miller de prononcer un mot.

 

Jusqu’ici tout allait bien en Amérique

Un directeur de prison distribue des caleçons roses aux détenus, des rebelles squattent un bout de désert tandis qu'un agent immobilier vend des parcelles de Lune au public, des bourreaux racontent leurs exécutions, un pasteur propose l'enfer…

 

 

Interview

Anne-Claire Jucobin pour Evene.fr - Octobre 2004

 

Pour Jean-Paul Dubois, lauréat du Prix Femina 2004, la matière des romans est là, à portée de main : il suffit de la piocher dans la vie, tout simplement… Malgré - ou grâce - au succès critique et public, il fait son métier d'écrivain, sans angoisse et sans métaphysique.

 

Ce que l'on sait de vous, c'est essentiellement que vous êtes journaliste au Nouvel Observateur. Pouvez-vous en dire plus ?

Vous avez résumé l'essentiel ! Je n'ai pas de défauts majeurs ni de qualités remarquables… J'ai fait des études de sociologie, j'ai fait des chantiers, j'ai travaillé, j'ai fait plein de boulots et puis après j'ai fait des livres.

 

C'est tout ? Comment vous voyez-vous ?

Le problème, c'est que je ne me vois pas ! Sincèrement ! Je suis comme le héros de Woody Allen, dans Harry dans tous ses états, toujours flou.

Il semble que l'idée de départ d'Une vie française soit la description d'un rapport collectif/individu. N'avez-vous pas craint que l'ajout systématique d'éléments historiques rende l'histoire artificielle ?

L'écriture est la continuation de la vie. Elle doit rester simple, venir aussi simplement que viennent les jours. D'ailleurs, le mélange du collectif et de l'individuel est une réalité : ce qui est artificiel, c'est de ne pas voir ça. C'est la réalité de l'imbrication de la politique dans nos vies. Elle nous modèle à notre insu. Le mystère, c'est à quel moment on va pouvoir sauter dans le film, si on va pouvoir entrer dans l'image, en sortir. La politique, c'est l'élément naturel de cette histoire qui est à la fois très privée, car c'est la vie d'une famille parmi d'autres, mais qui n'est pas forcément remarquable, car fondée sur l'apparition de la douleur, l'absence.

 

Mais le personnage principal est plutôt en dehors de la politique : il ne vote pas, par exemple ?

Au contraire, je pense même que c'est le personnage le plus politique du livre. La politique entre en lui dès la mort de son frère, à l'instant où De Gaulle prend la place du frère à table, puis quand la guerre d'Algérie traverse la famille, en fait une zone de conflit. Quand je parle de politique, c'est au sens large. La politique, dans nos petites vies, est omniprésente. L'éducation que l'on reçoit est le fruit de la politique qui nous entoure. La politique, ce n'est pas seulement élire quelqu'un, c'est surveiller, se surveiller, avoir un contrôle sur sa propre vie, respecter les autres, exiger le respect…. C'est également un mode de vie, comme l'écriture d'ailleurs.

 

Le titre Une vie française, induit-il la banalité du personnage principal ?

Il est banal dans son humanité : c'est quelqu'un de banal qui souffre comme tout le monde. C'est la phrase de Sartre que je cite à plusieurs reprises " Un homme fait de tous les hommes, qui les vaut tous et que vaut n'importe qui ". Sauf que ce qui le rend un peu marginal, c'est d'avoir compris que dans la société, il y a d'une part les exclus, d'autre part les gens intégrés et enfin une petite marge que le système marchand tolère, où il va pouvoir œuvrer. Ca ne fait pas de lui un héros, mais un homme qui essaye de se débrouiller avec l'idée qu'il se fait de la réalité.

 

On est tenté de parler d'autobiographie au sujet de ce livre. Quel lien Blick a-t-il avec vous ?

Franchement, ça n'a aucune importance. Mon livre n'est pas fabriqué, il m'est venu naturellement : c'est " la vase au fond du vase ". Vous l'agitez et vous revoyez vos souvenirs d'enfance ou d'adulte avec une autre coloration. Dans la vie réelle, quand vous pensez à la mort de quelqu'un par exemple, cette idée va être chassée rapidement, et vous allez passer au métro suivant. Quand vous écrivez un livre, la disparition de quelqu'un, c'est un truc qui peut vous occuper huit jours. Le rapport au temps est différent : vous n'avez rien avant, rien après, pas de demande ni d'exigence : vous pouvez y rester, vous y complaire, dans la vase… L'écriture, c'est un autre rapport au temps, un autre rapport à la pensée et à la perception du monde qui vous entoure. C'est là que commence l'exercice de la lucidité : il faut avoir du temps…ou alors avoir trois cerveaux ! Tout ce temps pris à la vie sert à quelque chose. Ca vous aide à remémorer, à revivre, à repenser…

 

A reconstruire sa vie, à la réécrire ?

Il ne sert à rien de réécrire. C'est foutu ! Moi, je n'y crois pas à cette partie-là de ce que l'on raconte sur les livres. Ce serait formidable de pouvoir arrêter le film, mais ça n'est pas possible. Mais je prends dans le matériau le plus proche. Pourquoi est-ce que j'irai m'emmerder à raconter des histoires de l'autre bout du monde, alors que je n'ai même pas résolu le problème de ma place d'être minuscule dans un petit univers minuscule…Les livres, c'est l'illusion que vous approchez de cette compréhension. Une vie française s'est construit après la disparition de ma mère, à partir de l'écriture de la dernière phrase. C'est une phrase que j'ai écrite un soir et j'ai décidé que ce serait la fin du livre. Je ne l'ai jamais retouchée. Quand l'histoire a été finie, la phrase est tombée à la fin, juste. Ce livre est donc à l'opposé d'une construction. Il vient d'un trouble, d'une perte. Si je déconstruis celui-ci, je vois d'un côté ma mère, la phrase, la naissance de mon petit-fils, de l'autre l'idée que chaque chapitre corresponde à un mandat présidentiel, qui est très ancienne. Je revois, il y a quinze ans, Mémoires de l'administration Ford dans ma bibliothèque. Ce serait bien que les écrivains aient l'honnêteté de raconter comment se fabriquent leurs livres, de pratiquer une autopsie... C'est passionnant la mécanique d'un livre !