Ian Mac Ewan

 

Biographie

 

Né en 1948, Ian Mac Ewan a passé une grande partie de sa jeunesse en Extrême-Orient, en Afrique du Nord et en Allemagne, où son père, officier dans l’armée britannique, était en mission.

Il a fait ses études à l’University of Sussex et l’University of East Anglia, où il a été le premier diplômé du cours d’écriture créative créé par Malcolm Bradbury.

 

Ian McEwan est membre de la Royal Society of Literature, de la Royal Society of Arts, et de l’American Academy of Arts and Sciences. Il a reçu le Prix Shakespeare de l’Alfred Toepfer Stiftung FVS, de Hambourg, en 1999. Il a été fait Commandeur de l' Order of the British Empire en 2000.

 

Son premier livre publié a été un recueil de nouvelles : First Love, Last Rites (1975), qui a remporté le prix Somerset Maugham Award en 1976.

Ses premiers romans sont intitulés The Cement Garden (1978) et Black Dogs (1992). Son roman de 1997, Enduring Love, décrit un personnage atteint du syndrome de Clérambault. En 1998, l’attribution du Booker Prize à son court roman Amsterdam a été controversée.

 

 

Bibliographie

 

Romans

Le Jardin de ciment (The Cement Garden, 1978) Seuil (1980)

Un bonheur de rencontre / Étrange séduction (The Comfort of Strangers, 1981) Seuil (1983) / Points Roman n° 448 (1991)

  L’Enfant volé (The Child in Time, 1987, Whibread Novel of the Year Award) Gallimard / Du monde entier  (1993, Prix Fémina étranger 1993)

L’Innocent (The Innocent or the special Relationship, 1990) Seuil (1990)

Les Chiens noirs (Black Dogs, 1992) Gallimard / Du monde entier  (1994)

Délire d’amour (Enduring love, 1997) Gallimard / Du monde entier  (1999)

Amsterdam (Amsterdam, 1998, Booker Prize 1998) Gallimard / Du monde entier  (2001)

Expiation (Atonement, 2001) Gallimard / Du monde entier  (2003).

Samedi (Saturday, 2005) Gallimard / Du monde entier  (2006)

On Chesil Beach, 2007

 

Recueils de nouvelles

Premier amour, derniers rites : traduction française de deux recueils de l'auteur, éd. Henri Veyrier “Off ” (1978).

  First Love, Last Rites, 1975, Prix Sommerset Maugham 1976

In-Between the Sheets, 1978

• Reprise de Premier amour, dernier rites sous le titre Sous les draps et autres nouvelles, Gallimard / Du monde entier  (1997)

Psychopolis et autres nouvelles (Folio n° 3628, 2001, extrait de Sous les draps et autres nouvelles)

Les Écoliers (in Europe n° 768, avril 1993)

La Langue maternelle (NRF n° 570, juin 2004)

 

Recueil de nouvelles pour la jeunesse

Le Rêveur (The Daydreamer, 1994) Gallimard-Jeunesse/Lecture Junior n° 53 (1995)

 

Scénarios

• 1975 : Jack Flea's Birthday Celebration (TV)

• 1983 : The Ploughman's Lunch

• 1984 : Last Day of Summer (TV)

• 1988 : Soursweet

• 1993 : Le Bon fils (The Good Son)

 

 

La mise en scène de la perversion chez Ian McEwan

par Christine Reynier (Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3)

Extraits

 

Ian McEwan, auteur de la nouvelle vague britannique, peut apparaître comme un maître de la perversion, un “montreur” de dépravation, corruption et dérèglements en tous genres. Dès ses premiers écrits, il excelle dans l'exhibition de déviations multiples. (…)

 Une œuvre déjà abondante, un auteur qui s'est essayé à plusieurs genres ; et s'il est indéniable que le différentes facettes de cette oeuvre multiforme présentent des traits communs, nous avons choisi de nous limiter à la lecture des nouvelles et des romans pour tenter d'apprécier les grandes lignes de la stratégie littéraire de Ian McEwan.

Jusqu'à présent, le domaine de prédilection de l'auteur semble bien être la perversion, au sens large du terme. Aussi bien celle qui affecte la relation entre deux êtres - comme c'est le cas dans l'exhibitionnisme, le voyeurisme, le fétichisme, le masochisme, le sadisme, etc. - que celle qui s'inscrit dans la relation d'un être à lui-même et concerne surtout le désir de changement de sexe. McEwan explore systématiquement tous les fantasmes les plus bizarres, toutes les formes dites anormales, “contre-nature et surtout contre-culture” (Klaus, 249) de la sexualité, les amours qui se démarquent du modèle sexuel type ainsi que les outrances et les excès auxquels elles peuvent conduire - crimes passionnels, crimes pervers, etc. Il nous plonge dans le monde du vice et du crime. (…)

 

Phénomène universel, la perversion est le fait de tout un chacun; tout homme est susceptible d'être, à un moment ou à un autre, en proie à des désirs interdits ; tout innocent est un criminel en puissance, tel le protagoniste de The Innocents (titre paradoxal s'il en est) qui, malgré sa bonne éducation et sa vie bien réglée, se retrouve un jour en train de dépecer le cadavre de l'ex-mari de sa maîtresse. Et l'enfant n'échappe pas davantage à cette règle que l'adulte, puisque s'il peut être victime d'un pervers, il peut également être coupable comme on le voit dans The Cement Garden où deux enfants se livrent à une expérience incestueuse tandis qu'un autre explore les plaisirs troubles du changement de sexe ou encore, dans Disguises, où le jeune Henry, tout d'abord innocent et manipulé par sa tante, prend ensuite goût à des plaisirs illicites.

En présentant la perversion comme banale, McEwan remet en question la notion de normalité. Qui est pervers? Qui est normal? Où s'arrête l'innocence ? Où commence l'expérience ou ce que l'on nomme plus communément le Mal ? La frontière entre les deux n'est pas nettement délimitée. (…)

 

Par sa fascination pour la perversion et l'interdit, McEwan rejoint d'autres écrivains illustres: William Faulkner qui dans plusieurs romans et en particulier dans Sanctuary, met en scène voyeurs et autres pervers dont le plus immonde est sans doute l'inoubliable Popeye, si bien nommé ; Vladimir Nabokov à qui McEwan semble rendre hommage dans une de ses nouvelles, (…)

 

A l'instar de ses prédécesseurs, McEwan ne se contente pas de décrire la perversion. Il fait avant tout oeuvre d'écrivain, transformant un fantasme au départ repoussant en des textes qui ne le sont pas ; c'est à ce “passage de la violence non littéraire à la délivrance artistique" (Tadié 290) que nous allons nous intéresser et c'est là que nous verrons que si, par son inspiration, McEwan se rattache à ces écrivains, il s'en démarque également nettement en adoptant une voix/e nouvelle.

 

On imagine aisément les sujets choisis par l'auteur - sujets plutôt scabreux - à la une des journaux à sensation. Pourtant la fascination de l'auteur pour la déviance, n'est pas celle d'un journaliste du Sun et son œuvre est loin d'être un catalogue de faits divers, à l'imagerie truculente. La stratégie littéraire de McEwan est au contraire d'enlever à son sujet toute charge émotionnelle, de le dépouiller de toute dimension scandaleuse, en un mot de l'épurer ; en cela réside sa singularité et en cela, son oeuvre s'inscrit dans l'ère post-moderne.

 

Cette démarche consistant à neutraliser le sujet est particulièrement claire lorsqu'on en vient aux scènes de meurtres qui sont décrites avec la froideur et le détachement des rapports de police. (…)

 

Disséquer le processus de la perversion et/ou ce qui mène au crime pervers, en faire une analyse clinique, le présenter comme un engrenage à la logique implacable, c'est déjà effacer toute dimension émotionnelle et choquante.

 

Or cette dimension est en quelque sorte doublement neutralisée car le sujet s'inscrit dans un texte qui est lui-même conçu comme une construction stricte où rien n'est laissé au hasard ; c'est un ensemble de rouages, un mécanisme sophistiqué à l'image du mécanisme de la perversion qu'il met en scène. (…)

 

Dans un premier temps et sans intervenir, l'auteur fait parler ses personnages qui, tour à tour, nous livrent leurs expériences présentes et passées, sans raison ni ordre apparents. Les couches temporelles s'enchevêtrent, nous les écoutons, nous les observons sans pouvoir relier les différents éléments qui nous sont offerts. (…)

 

L'auteur nous oblige à relier tous ces éléments, à construire le roman en quelque sorte ; il nous place dans la position du psychanalyste qui, après avoir écouté son patient, doit interpréter son discours. Arrivés au terme du roman, nous nous apercevons que tous les détails les plus intimes jouent un rôle, les références au passé deviennent pertinentes ; les digressions apparentes s'avèrent faire partie intégrante du texte. Rien n'est superflu ; tout s'explique, tout s'enchaîne et la “logique” de l'acte pervers apparaît en même temps que celle du texte.

(….)

 

Dans toute l'oeuvre de McEwan, l'espace est sélectionné avec soin. Les lieux (extérieurs) privilégiés sont peu attirants, sombres et inquiétants. Terrains vagues, usines désaffectées aux fenêtres brisées, maisons abandonnées, décharges, lieux sans vie écrasés de silence, espace de perdition et de mort, rues désertes, labyrinthes où se perdent, aux deux sens du terme, les personnages, labyrinthes obscurs des désirs les plus troubles de l'être. Lieux où les personnages sont confrontés au mal, où la perversion (la leur et celle d'autrui) leur est dévoilée en une sorte d'épiphanie macabre. (…)

 

Dans un tel monde, le plaisir du lecteur provient plutôt de l'habileté technique de l'auteur qui fait que, pour aveuglante qu'elle soit, la perversion n'en est pas moins latente et diffuse. Tour repose sur une technique narrative indirecte privilégiant l'implicite et l'ambigu et, par conséquent, sur un refus de la théâtralité et du sensationnel. Parler de “mise en scène de la perversion” relève du même goût du paradoxe que celui dont McEwan fait preuve dans le choix de ses titres. (…).

La sobriété de sa technique n'a d'égale que l'économie de son écriture et la rigueur de son texte - construction stricte, parfaitement maîtrisée, typique de notre

époque.

 

Une oeuvre d'une grande retenue donc, mais aussi d'une grande richesse. La stratégie littéraire qu'a choisie l'auteur et que nous avons essayé de retracer, au moins dans ses grandes lignes, lui permet de varier à l'infini le choix de ses situations et de ses personnages et lui permet également d'aborder les genres les plus divers. Chose qui, à première vue, est quelque peu déroutante puisque l'on voit McEwan passer de la nouvelle et du roman à des genres dits moins nobles, le roman d'espionnage, la science-fiction, voire la politique-fiction du roman, il passe au théâtre puis au cinéma et à la musique; d'un oeuvre purement littéraire, il passe à un œuvre plutôt militante où il se montre sensible aux problèmes de la guerre, de la prolifération nucléaire, de l'environnement, etc. Où est la cohérence ? Existe-t-il une continuité entre les différents aspects de son oeuvre ? Au terme de cette étude, ce qui apparaissait d'abord comme simple éclectisme (ou curiosité d'esprit) révèle en fait un plaisir constant et inlassable d'explorer le mécanisme du texte, de différentes traditions littéraires et artistiques, de les décoder, de les déchiffrer. C'est un jeu passionnant, qui nous fait la part belle et qui, par-delà la multiplicité des sujets abordés, confère une certaine unité à son œuvre. C'est un jeu qui lui assure une place parmi les écrivains post-modernes et qu'il a affiné au contact des artistes les plus divers : Harold Pinter, Peter Schrader, Richard Eyre, Timothy Mo, Mickael Berkeley.

(…)