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Ian
Mac Ewan Biographie Né en 1948, Ian Mac Ewan a passé
une grande partie de sa jeunesse en Extrême-Orient, en Afrique du Nord et en
Allemagne, où son père, officier dans l’armée britannique, était en mission. Il a fait ses études à l’University
of Sussex et l’University of East
Anglia, où il a été le premier diplômé du cours
d’écriture créative créé par Malcolm Bradbury. Ian McEwan est
membre de Son premier livre publié a été un recueil de
nouvelles : First Love, Last Rites
(1975), qui a remporté le prix Somerset Maugham Award
en 1976. Ses premiers romans sont intitulés The Cement Garden
(1978) et Black Dogs (1992). Son roman de
1997, Enduring
Love, décrit un personnage atteint du syndrome de Clérambault. En
1998, l’attribution du Booker Prize
à son court roman Amsterdam a été controversée. Bibliographie Romans
• Le Jardin de ciment (The Cement Garden, 1978) Seuil
(1980) • Un bonheur de rencontre / Étrange
séduction (The Comfort
of Strangers, 1981) Seuil (1983) / Points Roman n° 448
(1991) • L’Enfant
volé (The Child in Time, 1987, Whibread Novel of the Year Award)
Gallimard / Du monde entier (1993,
Prix Fémina étranger 1993) • L’Innocent (The
Innocent or the special Relationship, 1990) Seuil (1990) • Les Chiens noirs (Black Dogs, 1992) Gallimard / Du monde entier (1994) • Délire d’amour (Enduring love, 1997) Gallimard / Du monde entier (1999) • Amsterdam (Amsterdam, 1998, Booker Prize 1998) Gallimard /
Du monde entier (2001) • Expiation (Atonement,
2001) Gallimard / Du monde entier
(2003). • Samedi (Saturday, 2005) Gallimard
/ Du monde entier (2006) • On Chesil Beach, 2007 Recueils de nouvelles • Premier amour, derniers rites :
traduction française de deux recueils de l'auteur, éd. Henri
Veyrier “Off ” (1978). • First Love, Last Rites, 1975, Prix
Sommerset Maugham 1976 • In-Between
the Sheets, 1978 • Reprise de Premier amour, dernier rites
sous le titre Sous les draps et autres nouvelles, Gallimard / Du monde
entier (1997) • Psychopolis et autres
nouvelles (Folio n° 3628, 2001, extrait de Sous les draps et autres
nouvelles) • Les Écoliers (in Europe n° 768,
avril 1993) • Recueil de nouvelles
pour la jeunesse
• Le Rêveur (The
Daydreamer, 1994) Gallimard-Jeunesse/Lecture
Junior n° 53 (1995) Scénarios
• 1975 : Jack Flea's Birthday
Celebration (TV) • 1983 : The
Ploughman's Lunch • 1984 : Last
Day of Summer (TV) • 1988 : Soursweet • 1993 : Le Bon fils (The
Good Son) La mise en scène de la
perversion chez Ian McEwan par Christine Reynier (Université
Michel de Montaigne-Bordeaux 3) Extraits
Ian McEwan, auteur
de la nouvelle vague britannique, peut apparaître comme un maître de la
perversion, un “montreur” de dépravation, corruption et dérèglements en tous
genres. Dès ses premiers écrits, il excelle dans l'exhibition de déviations
multiples. (…) Une
œuvre déjà abondante, un auteur qui s'est essayé à plusieurs genres ; et s'il
est indéniable que le différentes facettes de cette oeuvre multiforme
présentent des traits communs, nous avons choisi de nous limiter à la lecture
des nouvelles et des romans pour tenter d'apprécier les grandes lignes de la
stratégie littéraire de Ian McEwan. Jusqu'à présent, le domaine de prédilection de
l'auteur semble bien être la perversion, au sens large du terme. Aussi bien
celle qui affecte la relation entre deux êtres - comme c'est le cas dans
l'exhibitionnisme, le voyeurisme, le fétichisme, le masochisme, le sadisme,
etc. - que celle qui s'inscrit dans la relation d'un être à lui-même et
concerne surtout le désir de changement de sexe. McEwan
explore systématiquement tous les fantasmes les plus bizarres, toutes les
formes dites anormales, “contre-nature et surtout contre-culture” (Klaus,
249) de la sexualité, les amours qui se démarquent du modèle sexuel type
ainsi que les outrances et les excès auxquels elles peuvent conduire - crimes
passionnels, crimes pervers, etc. Il nous plonge dans le monde du vice et du
crime. (…) Phénomène universel, la perversion est le fait
de tout un chacun; tout homme est susceptible d'être, à un moment ou à un
autre, en proie à des désirs interdits ; tout innocent est un criminel en
puissance, tel le protagoniste de The Innocents
(titre paradoxal s'il en est) qui, malgré sa bonne éducation et sa vie bien
réglée, se retrouve un jour en train de dépecer le cadavre de l'ex-mari de sa
maîtresse. Et l'enfant n'échappe pas davantage à cette règle que l'adulte,
puisque s'il peut être victime d'un pervers, il peut également être coupable
comme on le voit dans The Cement
Garden où deux enfants se livrent à une expérience incestueuse tandis qu'un
autre explore les plaisirs troubles du changement de sexe ou encore, dans Disguises, où le jeune Henry, tout d'abord innocent et
manipulé par sa tante, prend ensuite goût à des plaisirs illicites. En présentant la perversion comme banale, McEwan remet en question la notion de normalité. Qui est
pervers? Qui est normal? Où s'arrête l'innocence ? Où commence l'expérience
ou ce que l'on nomme plus communément le Mal ? La frontière entre les deux
n'est pas nettement délimitée. (…) Par sa fascination pour la perversion et l'interdit, McEwan rejoint d'autres écrivains illustres: William
Faulkner qui dans plusieurs romans et en particulier dans Sanctuary,
met en scène voyeurs et autres pervers dont le plus immonde est sans doute
l'inoubliable Popeye, si bien nommé ; Vladimir Nabokov à qui McEwan semble rendre hommage dans une de ses nouvelles,
(…) A l'instar de ses prédécesseurs, McEwan ne se contente pas de décrire la perversion. Il
fait avant tout oeuvre d'écrivain, transformant un fantasme au départ
repoussant en des textes qui ne le sont pas ; c'est à ce “passage de la
violence non littéraire à la délivrance artistique" (Tadié
290) que nous allons nous intéresser et c'est là que nous verrons que si, par
son inspiration, McEwan se rattache à ces
écrivains, il s'en démarque également nettement en adoptant une voix/e
nouvelle. On imagine aisément les sujets choisis par
l'auteur - sujets plutôt scabreux - à la une des journaux à sensation.
Pourtant la fascination de l'auteur pour la déviance, n'est pas celle d'un
journaliste du Sun et son œuvre est loin d'être un catalogue de faits divers,
à l'imagerie truculente. La stratégie littéraire de McEwan
est au contraire d'enlever à son sujet toute charge émotionnelle, de le
dépouiller de toute dimension scandaleuse, en un mot de l'épurer ; en cela
réside sa singularité et en cela, son oeuvre s'inscrit dans l'ère
post-moderne. Cette démarche consistant à neutraliser le sujet
est particulièrement claire lorsqu'on en vient aux scènes de meurtres qui
sont décrites avec la froideur et le détachement des rapports de police. (…) Disséquer le processus de la perversion et/ou
ce qui mène au crime pervers, en faire une analyse clinique, le présenter
comme un engrenage à la logique implacable, c'est déjà effacer toute
dimension émotionnelle et choquante. Or cette dimension est en quelque sorte
doublement neutralisée car le sujet s'inscrit dans un texte qui est lui-même
conçu comme une construction stricte où rien n'est laissé au hasard ; c'est
un ensemble de rouages, un mécanisme sophistiqué à l'image du mécanisme de la
perversion qu'il met en scène. (…) Dans un premier temps et sans intervenir, l'auteur fait parler
ses personnages qui, tour à tour, nous livrent leurs expériences présentes et
passées, sans raison ni ordre apparents. Les couches temporelles
s'enchevêtrent, nous les écoutons, nous les observons sans pouvoir relier les
différents éléments qui nous sont offerts. (…) L'auteur nous oblige à relier tous ces
éléments, à construire le roman en quelque sorte ; il nous place dans la
position du psychanalyste qui, après avoir écouté son patient, doit interpréter
son discours. Arrivés au terme du roman, nous nous apercevons que tous les
détails les plus intimes jouent un rôle, les références au passé deviennent
pertinentes ; les digressions apparentes s'avèrent faire partie intégrante du
texte. Rien n'est superflu ; tout s'explique, tout s'enchaîne et la “logique”
de l'acte pervers apparaît en même temps que celle du texte. (….) Dans toute l'oeuvre de McEwan,
l'espace est sélectionné avec soin. Les lieux (extérieurs) privilégiés sont
peu attirants, sombres et inquiétants. Terrains vagues, usines désaffectées
aux fenêtres brisées, maisons abandonnées, décharges, lieux sans vie écrasés
de silence, espace de perdition et de mort, rues désertes, labyrinthes où se
perdent, aux deux sens du terme, les personnages, labyrinthes obscurs des
désirs les plus troubles de l'être. Lieux où les personnages sont confrontés
au mal, où la perversion (la leur et celle d'autrui) leur est dévoilée en une
sorte d'épiphanie macabre. (…) Dans un tel monde, le plaisir du lecteur
provient plutôt de l'habileté technique de l'auteur qui fait que, pour
aveuglante qu'elle soit, la perversion n'en est pas moins latente et diffuse.
Tour repose sur une technique narrative indirecte privilégiant l'implicite et
l'ambigu et, par conséquent, sur un refus de la théâtralité et du
sensationnel. Parler de “mise en scène de la perversion” relève du même goût
du paradoxe que celui dont McEwan fait preuve dans
le choix de ses titres. (…). La sobriété de sa technique n'a d'égale que
l'économie de son écriture et la rigueur de son texte - construction stricte,
parfaitement maîtrisée, typique de notre époque. Une oeuvre d'une grande retenue donc, mais
aussi d'une grande richesse. La stratégie littéraire qu'a choisie l'auteur et
que nous avons essayé de retracer, au moins dans ses grandes lignes, lui permet
de varier à l'infini le choix de ses situations et de ses personnages et lui
permet également d'aborder les genres les plus divers. Chose qui, à première
vue, est quelque peu déroutante puisque l'on voit McEwan
passer de la nouvelle et du roman à des genres dits moins nobles, le roman
d'espionnage, la science-fiction, voire la politique-fiction du roman, il
passe au théâtre puis au cinéma et à la musique; d'un oeuvre purement
littéraire, il passe à un œuvre plutôt militante où il se montre sensible aux
problèmes de la guerre, de la prolifération nucléaire, de l'environnement,
etc. Où est la cohérence ? Existe-t-il une continuité entre les différents
aspects de son oeuvre ? Au terme de cette étude, ce qui apparaissait d'abord
comme simple éclectisme (ou curiosité d'esprit) révèle en fait un plaisir
constant et inlassable d'explorer le mécanisme du texte, de différentes
traditions littéraires et artistiques, de les décoder, de les déchiffrer.
C'est un jeu passionnant, qui nous fait la part belle et qui, par-delà la
multiplicité des sujets abordés, confère une certaine unité à son œuvre.
C'est un jeu qui lui assure une place parmi les écrivains post-modernes et
qu'il a affiné au contact des artistes les plus divers : Harold Pinter, Peter
Schrader, Richard Eyre, Timothy
Mo, Mickael Berkeley. (…) |